Les revues savantes canadiennes en accès libre – Partie 2 : enjeux touchant l’indexation dans DOAJ et l’information sur le droit d’auteur

[ English version ]

Marc Couture — 2020-02-26

Note. Ce billet est un résumé des deux dernières sections de mon rapport de recherche (en anglais), Canadian OA scholarly journals: An exhaustive survey. Dans le premier de cette série de deux billets de blogue, je présentais les principaux résultats de mon étude exhaustive des revues canadiennes en accès libre (AL). Ici, je discute des enjeux que j’ai étudiés de manière approfondie : ceux auxquels font face les revues qui souhaiteraient soumettre un demande d’inclusion à DOAJ, et ceux qui concernent la manière dont les revues présentent l’information relative au droit d’auteur dans leur site web et leurs articles.

Enjeux touchant l’inclusion dans DOAJ

Depuis que ses critères d’acceptation ont été drastiquement resserrés en 2014, le Directory of Open Access Journals (DOAJ) est devenu l’une des organisations les mieux connues et plus respectées dans le monde de l’édition en accès libre. DOAJ ne propose pas seulement de certifier les revues, éliminant notamment celles qui affichent des comportements trompeurs, mais aussi de les aider à améliorer leurs pratiques et à accroître leur transparence. Toutes les revues en accès libre devraient considérer sérieusement la possibilité de soumettre une demande d’inclusion dans DOAJ. C’est encore plus vrai pour celles qui imposent des frais de publication; or, seulement la moitié des revues canadiennes en AL exigeant de tels frais y sont indexées.

DOAJ décrit ses critères d’acceptation principalement dans la rubrique Publishing best practice and basic standards for inclusion de son site. Ces critères touchent plusieurs aspects de l’édition : volume et délais de publication, structure du site web, évaluation par les pairs, droits d’utilisation, notamment. On y énonce également des exigences générales de transparence et de complétude de l’information, de même qu’une condition propre aux revues étudiantes (un comité aviseur formé d’au moins deux membres détenteurs d’un doctorat).

Selon l’information factuelle que j’ai recueillie sur les sites des revues, 60 % des 370 revues canadiennes non indexées dans DOAJ ne répondraient pas actuellement à toutes ses exigences. À cela devraient s’ajouter un nombre indéterminé d’autres revues pour lesquelles je n’ai pas recueilli de manière systématique l’information pertinente (mention au sujet des frais de publication, même en leur absence, structure du site web, complétude de l’information).

Pour une majorité de ces revues, satisfaire les exigences de DOAJ n’exigerait pas tant d’efforts, par exemple former un comité aviseur (pour les revues étudiantes), ajouter une mention sur l’absence de frais de publication, ou une licence Creative Commons (que tant de revues publiées par des universités ou des associations réclament des droits exclusifs ne cesse de m’étonner). Pour d’autres, cela voudrait dire rénover ou restructurer complètement leur site web, ce qui pourrait se révéler plus onéreux ou fastidieux. Par ailleurs, au moins 60 revues devraient trouver une façon d’accroître leur volume de publication pour atteindre le seuil de cinq articles de recherche ou de synthèse par année, ce qui n’est pas évident. Les revues canadiennes en AL qui souhaitent soumettre une demande pour indexation dans DOAJ peuvent cependant bénéficier de certains soutiens. Les agences de financement gouvernementales ont mis en place de programmes d’aide à l’édition scientifique et savante, programmes qui promeuvent l’accès libre. Il y a aussi Coalition Publica, partenariat entre Érudit et le Public Knowledge Project (PKP, le développeur du Open Journal Systems, employé par des centaines de revues canadiennes en accès libre), qui offre un « soutien se conformant aux critères du Directory of Open Access Journals (DOAJ) ». Toutefois, toutes les revues ne sont pas admissibles à ces types de soutien, car elles doivent répondre à des critères particuliers, notamment sur le caractère canadien de la revue (voir la section 2 du rapport).

Enjeux liés à l’information sur le droit d’auteur

Comme le souligne avec justesse Tom Olijhoek, rédacteur en chef de DOAJ, le droit d’auteur et les licences sont parmi les plus enjeux les plus difficiles auxquels fait face l’édition en accès libre. J’ai effectivement repéré des problèmes liés aux informations sur le droit d’auteur (titularité et licence utilisateur, notamment) dans une bonne majorité (76 %) des revues canadiennes en AL. Ces problèmes étaient de trois types :

  • informations omises ou incomplètes;
  • informations présentées à des endroits inappropriés ou non optimaux;
  • informations incohérentes ou contradictoires.

I also stumbJe me suis aussi heurté à l’occasion à des explications nébuleuses ou ambiguës concernant le droit d’auteur; ces cas sont notés dans la colonne Comments on copyright du fichier de données.

Informations omises ou incomplètes

DOAJ exige que les revues précisent la titularité du droit d’auteur sur les articles ainsi que la licence utilisateur qu’elles emploient. De son côté, Érudit ajoute de l’information sur le droit d’auteur à des endroits préétablis dans son site et dans les PDF des articles. Les présents résultats sur les informations incomplètes sont donc limités aux revues qui ne sont ni indexées dans DOAJ, ni hébergées sur Érudit.

De ces 340 revues, 128 (38 %) ne mentionnent pas la titularité du droit d’auteur, les droits d’utilisation, ou les deux. L’omission des droits d’utilisation (104 revues) peut être vue comme un problème bénin, car cela signifie simplement, en l’absence d’avis contraire, que le régime tous-droits-réservés s’applique, ce dont tout le monde n’est pas nécessairement conscient, convient-il de préciser. L’omission de la précision de la titularité (70 revues) est plus sérieuse, car les autrices ou auteurs potentiels ne peuvent alors savoir ce qu’il adviendrait de leur droit d’auteur. Soulignons que 46 revues ne comportent pas la moindre mention ou explication relative au droit d’auteur.

Emplacement des informations

Pour être utiles, des informations doit être affichées là où les personnes qui en ont besoin sont susceptibles de les trouver. J’ai repéré des problèmes dans l’emplacement des informations relatives au droit d’auteur tant dans les revues indexées dans DOAJ que dans les autres. Les résultats suivants portent donc sur les 468 revues non hébergées sur Érudit.

  • 175 (37 %) de ces revues ne mentionnent les droits de réutilisation ni dans la page de l’article (affichant en général le résumé), ni dans le PDF de celui-ci. Cette information est souvent disponible, particulièrement dans les revues employant OJS, dans la section Soumission du site web. Or, celle-ci s’adresse aux personnes qui désirent soumettre un articles, pas aux utilisatrices ou utilisateurs. Encore une fois, en vertu du régime tous-droits-réservés qui autrement s’applique, le problème est plus sérieux pour les revues qui accordent des droits d’utilisation, par exemple au moyen d’une licence CC. C’est le cas pour 61 revues (19 %), cette situation étant un peu moins fréquente (14 %) dans les revues indexées dans DOAJ.

  • 308 (68 %) des 453 revues qui offrent les articles individuels ou les numéros complets en format PDF n’y mentionnent pas les droits de réutilisation. Le problème ici est que les personnes désirant réutiliser le contenu d’un article risquent de n’avoir que cette version en main au moment de passer à l’action. Comme précédemment, le problème est plus sérieux pour les revues qui accordent des droits d’utilisation, mais celles-ci sont presque aussi nombreuses (58 %) à omettre cette information. La situation est aussi largement répandue (47 %) chez les revues indexées dans DOAJ, en dépit du fait que DOAJ encourage fortement, sans toutefois l’imposer, l’affichage de la licence utilisateur dans toutes les versions des articles.

  • L’absence d’information sur la titularité du droit d’auteur dans les pages des articles et les PDF est un peu moins répandue, tout en suivant les mêmes tendances. Dans ce cas, le problème est toutefois beaucoup moins sérieux , car il concerne avant tout les personnes qui soumettent un article ou songent à le faire. Celles-ci trouveront normalement cette information, du moins pour les revues qui précisent la titularité (62 % de l’ensemble), dans les directives de soumission, une section qu’elles ont de toute façon à consulter.

Incohérences

J’ai trouvé des incohérences ou informations contradictoires dans le quart des revues (excluant ici aussi les revues hébergées sur Érudit). Certaines peuvent être qualifiées de mineures, car elles concernent des informations affichées dans le pied de page du site web, informations qui peuvent être interprétées de diverses façons. Les autres incohérences, touchant 76 revues  (18 % de celles qui fournissent de l’information sur le droit d’auteur) sont plus sérieuses, par exemple lorsqu’on trouve des informations contradictoires sur la titularité ou les droits d’utilisation en divers emplacements du site ou des PDF. Les incohérences sont plus fréquentes chez les revues indexées dans DOAJ (24 %) que chez les autres (15 %). Cela peut surprendre à première vue, mais s’explique au moins en partie par le fait que plusieurs revues non indexées sont muettes sur la titularité ou les droits d’utilisation (une des exigences de DOAJ), d’où un risque moindre d’introduire des incohérences.

J’ai aussi trouvé des informations contradictoires dans la moitié des revues hébergées sur Érudit, soit entre différentes parties du site Érudit, soit entre celui-ci et le site de la revue. Le revers de la médaille ici est qu’Érudit pourrait de manière centralisée, pour toutes les revues concernées, résoudre ses contradictions internes, et remédier au problème de l’information manquante dans les pages des articles ou les PDF, prévalent chez les revues non hébergées sur Érudit, comme on l’a vu plus haut.

Quoi qu’il en soit, chacune des revues retenues pour mon étude peut consulter l’information et les données que j’ai recueillies dans son site pour savoir si l’un ou l’autre des problèmes mentionnés ci-dessus y a été observé. Je les invite d’ailleurs, le cas échéant, à m’informer de toute erreur dans mes données, afin que je puisse inclure les corrections requises dans une version révisée.

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